Mes premiers tableaux représentaient des visages terrifiants. Après de longs détours d’apprentissage et d’expérimentation je ressens aujourd’hui le besoin d’approfondir mes recherches dans ce style résolument expressif. J’aimerais y mettre en scène les périls qui rattrapent nos sociétés contemporaines : climatiques, numériques ou cognitifs.
Ce thème, et les techniques que j’explore ici, m’aident à enrichir la palette émotionnelle que je développe parallèlement dans mes études de paysages.
Je reste pour l’instant dans une phase exploratoire de mon travail sur l’expressionnisme. J’ai toutefois avancé sur plusieurs aspects : l’intérêt de ce style, les influences et mes intentions.
L’expressionnisme : style contestataire
L’expressionnisme est plus difficile à aborder que les courants figuratifs : ce n’est pas un mouvement unique, mais une manière commune de s’éloigner du réel, de rejeter certaines formes de rationalisme et de laisser surgir un malaise plus profond.
Dans un contexte où l’on questionne de plus en plus le progrès, la croissance et la « gouvernance par les nombres », ce langage me semble idéal pour exprimer une contestation humaine et émotionnelle.
J’y vois aussi l’occasion de mettre la beauté entre parenthèses. Alors que mes paysages cherchent à la capter, l’expressionnisme me permet de m’en détacher pour laisser toute la place aux émotions brutes : anxiété, colère, peur.
Visages et expressionnisme : quelles influences ?
La liste pourrait être longue, mais trois incontournables s’imposent : Francis Bacon, Paul Klee et Otto Dix. Ce sont un peu mes madeleines de Proust. Je les ai découverts très jeune, en feuilletant par hasard des livres à la maison. À l’époque, je ne comprenais ni leurs tableaux, ni l’intérêt de représenter le réel de façon aussi chaotique.





De haut en bas et de gauche à droite : Francis Bacon, autoportrait et Study for a Head. Paul Klee et ; Otto Dix, Les joueurs de carte. Senecio, Two heads
Plus récemment, dans la lignée néo-expressionniste de Basquiat, j’ai découvert des artistes comme Adrian Ghenie et Corey Kilmartin.





De haut en bas et de gauche à droite : Adrian Ghenie, autoportrait ; J.M Basquiat, sans titre, Philistines, Corey Kilmartin, Hope Lost.
Style et technique
Mon approche repose sur quatre éléments et sur un futur répertoire de symboles.
Les quatre bases
- Les grands cercles ou demi-lunes pour les yeux : rien n’exprime mieux l’effarement, la peur ou la surprise.
- Le dripping, à la manière de Pollock : non pas comme sujet, mais comme touche d’abstraction dans les reflets.
- Les mains, traces primaires et profondément expressives.
- Le Nunik (du mot inuit « tendon ») : ces petites taches pleines qui construisent les formes et les visages.
Quelques exemples de visages composés de Nunik figurent ci-dessous.

Péril numérique (2022)
Acrylique 60×40 cm
Péril climatique (2022)
Acrylique 60×40 cm

L’expressionnisme offre un terrain idéal pour créer son propre univers de symboles. Comme Dalí avec ses montres fondantes, on peut y puiser librement pour donner forme à des idées. Construire un répertoire lié aux périls contemporains devrait m’aider à affirmer mon style. Cela demande du temps… et j’explore aussi, pour cela, le potentiel inspirant de l’IA générative.
Deux exemples de symboles :
- Les chiffres, incarnation de la « gouvernance par les nombres ». Omniprésents, ils structurent nos objectifs et notre rapport au monde. Je veux les intégrer dans tous mes tableaux, y compris là où on ne les attend pas. Je daterai même mes œuvres non seulement selon le calendrier grégorien, mais aussi selon le timestamp, cette horloge continue qui rythme notre univers numérique depuis 1970.
- La boîte de Pandore, ou une boîte remplie de câbles, symbole des maux connectés que notre curiosité ne cesse d’ouvrir.

Boîte de Pandore
Bing IA
Pandore et Epiméthée (2023)
Acrylique 41×33 cm

Affaire à suivre.