Ne vous est-il jamais arrivé de manquer de mots ? Pour décrire une sensation diffuse, une inquiétude particulière, ou simplement une manière nouvelle de regarder ce qui existait pourtant déjà . Certaines langues possèdent ces mots que le français n’a pas encore. D’autres expériences restent sans véritable nom.
J’ai eu envie de contribuer à en inventer quelques-uns.
A la frontière du langage et du vivant
Une langue évolue avec les usages, les transformations du monde et les sensibilités d’une époque. Certains mots apparaissent pour nommer des innovations techniques. D’autres pourraient exister pour exprimer des expériences humaines encore difficiles à formuler. C’est cet espace que j’ai voulu explorer : enrichir notre vocabulaire pour mieux dire nos manières d’habiter le monde.
J’ai commencé à inventer des mots. D’abord à la main, dans un cahier. Puis dans des documents Word. Progressivement, dans un petit site que j’ai développé, intégrant un modèle de langage capable d’analyser les propositions selon un ensemble de critères de cohérence et de qualité.
| Mot | Le revers-d’usage |
| Nature grammaticale | Locution nominale |
| Registre d’expérience | Rapport à l’absence |
| Etimologie | De revers, issu du latin reversus (« tourné en arrière », « face cachée »), et d’usage, du latin usus (« pratique », « manière d’employer »). |
| Définition | Part invisible ou délibérément tenue hors du champ perceptif dans les processus de production, de circulation, de maintenance ou de traitement post-consommation d’un bien, d’un service ou d’une technologie. Le terme désigne notamment les infrastructures matérielles, les coûts humains, énergétiques, logistiques ou écologiques que la simplicité apparente de l’usage tend à masquer. |
| Exemple | « Milan appréciait la fluidité des plateformes numériques, mais refusait d’ignorer leur revers-d’usage : centres de données, extraction minière, travail invisible et déchets électroniques. » |
Initialement pensé comme un projet littéraire personnel, le dictionnaire s’est progressivement ouvert aux contributions extérieures. C’est sans doute ce qui fait aujourd’hui son originalité : faire dialoguer invention lexicale, regard humain et outils numériques au sein d’un même espace.
Les trois principes du projet
Le projet repose sur trois principes :
- L’être avant l’avoir : les mots de ce dictionnaire cherchent moins à désigner des objets qu’à exprimer des sensations, des perceptions et des manières d’habiter un monde qui change.
- L’humain avant la machine : une IA générative est utilisée : c’est un parti pris. L’outil analyse et suggère mais ne décide pas. La création comme la validation demeurent humaine.
- Le mot avant le nom : aucun compte. Aucune signature. Aucun auteur ne peut revendiquer un mot comme une propriété. Un mot proposé n’existe que par celles et ceux qui l’emploient.
Les objectifs du projet
À court terme : faire connaître le projet et obtenir des retours. Comprendre ce qui fonctionne ou non. Voir si ces mots paraissent pertinents, ou complètement absurdes. Identifier ce qui mérite d’être approfondi, retravaillé ou abandonné.
À moyen terme : constituer un recueil de 99 mots, sans signature individuelle, puis l’adresser à l’Académie française comme une proposition lexicographique. D’autres cercles liés à la langue, à l’écriture ou aux sciences humaines pourront également être sollicités. Et puis, il faut bien l’avouer : ce serait tout de même assez réjouissant qu’un mot né d’un projet collaboratif finisse un jour par entrer dans un dictionnaire.
À plus long terme : que le projet vive au-delà de cette initiative et inspire d’autres expériences. Le code source est librement accessible sur GitHub afin que chacun puisse s’en emparer, le modifier, créer ses propres dictionnaires thématiques ou explorer d’autres territoires sensibles du langage.