Ecrire un roman en trente jours ? En une semaine ? Et pour quoi pas en une heure…
Voilà de belles conn*ries !
Naan, l’écriture d’un roman prend un peu plus de temps. Il m’a fallu plus de sept mois pour écrire Les Fantaisies du Mal. Pour pondre 55 000 mots. Je pense être dans une fourchette de temps acceptable, même si, avec le recul, j’aurais du prendre un peu plus de temps. Il existe plusieurs livres ou sites qui promettent monts et merveilles : leurs méthodes permettraient à n’importe qui d’écrire un best-seller en xx jours. Il peut certes y avoir des guidelines intéressantes ; de bons discours motivationnels ; mais dans le fond, je pense que se sont des conn*ries. Un best-seller ça ne se pond pas comme ça tout seul dans son coin… l’ambition « best-seller » est hautement présomptueuse. Tous les livres ne sont pas faits pour ça ; le marché de l’édition est hyper concurrentiel ; et puis on ne parle pas de pâtisserie… il n’y a pas de recettes réplicables à l’infini. En fait je pense qu’il y a autant de méthodes que de personnes qui écrivent.
Étant d’un naturel bricoleur, j’ai projeté ma propre méthode. Je l’ai fait évoluer sur le tas. Je la peaufinerai pour l’avenir. Cette méthode colle à ma manière de fonctionner, assez proche, dans l’esprit, à une préparation marathon. Il n’y a pas de secrets : régularité, fun et persévérance sont les bases pour avancer. Faire de son mieux. Être conscient que rien ne sera parfait.
J’avais théoriquement projeté mon travail d’écriture en trois étapes. Simple. Efficace. J’étais trop fier ! Bon… dans les faits ce fut plus complexe. Ecrire un livre est un process ponctué d’allers-retours, de doutes et d’avancées. Mon ambition jouait au yo-yo avec le fil de mon enthousiasme.
J’ai regroupé les trois étapes ci-dessous 🙂

Étape 1 : l’étape du Grand Brouillon sans verbes
Durée théorique anticipée : 1 mois
Durée réelle : 2 mois
Taille du manuscrit : 15 000 mots
Courbe de l’enthousiasme : une petite descente par la combe de la Raison
Vous avez un thème ? Un genre ? Une vague idée de l’histoire ? Alors c’est parti.
L’étape 1 est l’étape de tous les possibles ! Celle du brouillon féérique. Les idées fusent de partout. Votre esprit crépite, relègue Tolkien au rang de conteur de foire. Votre créativité est mise à l’épreuve. Vous structurez une histoire qui tienne la route. Au bout de quelques pages vous vous rendez compte que votre si cher style, votre patte littéraire, celle que vous imprimiez aux premières lignes, devient le cadet de vos préoccupations. Un seul focus : l’histoire. Au final… vous vous retrouvez avec un brouillon un peu sale. Avec des phrases sans verbes. Mais il y a un semblant de trame qui se dessine.
À la fin de cette étape, Les Fantaisies du Mal comprenait huit chapitres.
Étape 2 : l’étape du Liant Vaseux qui forme une histoire
Durée théorique anticipée : 3 mois
Durée réelle : 3 mois
Taille du manuscrit : 40 000 mots
Courbe de l’enthousiasme : chute par la falaise de l’Abandon et par la Grande Dépression du Style
C’est l’étape où l’on assemble les briques. On platre à grands coups de mortier. C’est l’étape (théorique) la plus longue… celle où il faut écrire des phrases, celle où l’on travaille davantage ses personnages. On commence à jouer avec les détails, à mieux se figurer les scènes. On s’attache davantage au style, on écrit. On se rend compte que l’histoire est bancale ; que la structure n’est pas équilibrée ; qu’il demeure des zones d’ombres ; des incohérences. Alors on revient à l’étape 1… on retravaille ses intrigues… on recreuse le sillon de l’histoire pour se rendre compte, au final, que les premières que l’on pensait stylées, au début de l’étape 2, ne l’étaient pas tant que ça. Alors on retourne les phrases, on les détourne, on les refait. C’est un véritable travail d’agriculteur.
À la fin de cette étape, j’avais rajouté deux chapitres au livre. La taille du manuscrit avait plus que doublé. Il avait la longueur d’un « petit » roman.
Le plus dur est-il fait ?
Non.
Mais alors pas du tout.
Étape 3 : l’étape du (re²)peaufinage qui n’en finit pas
Durée théorique anticipée : 15 jours
Durée réelle : 2 mois
Taille du manuscrit : 55 000 mots
Courbe de l’enthousiasme : pour les alpinistes. Du gouffre de la solitude à la relecture du doute
Voilà ! On a un manuscrit avec une histoire qui tient (à peu près) la route ; des phrases bien tournées qui prennent sens… il ne reste plus que la relecture ! Dans ma tête, c’était l’histoire d’une quinzaine. En fait ce fut beaucoup plus long. C’est même l’étape qui m’a demandé le plus d’effort. Vingt fois sur le métier, remettez votre ouvrage. Je ne sais pas qui a dit ça… mais c’est vrai. Je me suis répété cette phrase dix-huit fois de fois.
Vingt fois sur le métier, remettez votre ouvrage
Je ne sais pas qui a dit ça.
J’ai commencé par une (ou deux ?) relecture sur le style… en fait, j’ai repris presque toutes les phrases. J’en ai profité pour rentrer davantage dans le détail, pour rajouter des éléments, élaguer l’inutile, pour nettoyer l’ensemble, histoire d’avoir un joli bloc de lettres polies. Un style direct, comme j’aime bien. Franchement c’était long. J’avais parfois l’impression de recommencer mon travail à zéro. Des idées me venaient… je pensais à des détails ; à des ajouts marrants. Je listais tout dans un bloc-notes et je rajoutais ces éléments au fil de mes avancées.
J’ai continué par une relecture orthographique. Longue ! Très longue ! On n’a pas idée du nombre de coquilles qui se cachent dans un manuscrit. J’ai hésité à faire appel à un relecteur… les devis m’ont douché. J’ai donc acheté le logiciel Antidote, qui m’a bien aidé. On avance phrase par phrase… on scanne tout ! C’est un gros travail de fourmis, qui permet encore, à la marge, de revenir sur des éléments de l’histoire et d’améliorer des tournures de style.
Enfin vient la dernière relecture, la relecture globale, toujours sous Antidote pour capter les dernières coquilles, et sous un œil usé qui, dans les faits, n’arrive plus à juger ni de la qualité de la trame ni du style. On est quand même content. On ferme le manuscrit… on se dit que c’est bon. Viennent alors les doutes sur la qualité du document produit, les questions liées à l’édition, à la promotion… et un autre grand vide s’ouvre quand on réalise que ces étapes représentent un travail non moins colossal que l’écriture d’un manuscrit.
Mais whaa… c’est fait ! On regarde son doc. word. On a envie de lui faire un câlin.
Bilan de la méthode… avec le recul
Je suis vraiment content d’avoir pensé à mes étapes en amont. D’avoir élaboré un plan. J’ai voulu faire simple. Mais dans la pratique, l’écriture d’un livre s’est révélé plus compliquée. Il faut avoir le goût du temps long et ne pas crainte de faire d’éternels allers-retours. Il y a trois éléments que j’aimerais corriger pour l’avenir :
1- Prendre davantage mon temps. Laisser le manuscrit se reposer avant de revenir dessus pour le lire en format en papier. Le temps permet de rafraîchir l’œil. Ca évite de laisser des phrases trop lourdes et de revoir des coquilles passées au travers du filet… comme j’ai pu le voir après publication et j’en rage ! ;
2- Faire lire le manuscrit à une personne de confiance francophone. Alena m’a beaucoup aidé pour améliorer l’histoire et les personnages, avec du Google translate. Son aide a été précieuse, je n’hésiterais pas à lui demander à nouveau, mais je ne pouvais pas avoir de retour sur le style et les coquilles laissées ;
3- Si l’option 2 n’est pas retenue (ou ne suffit pas) faire appel à un correcteur professionnel pour corriger les coquilles. Je DETESTE les coquilles. Cette option a un prix, mais elle permet de dégager du temps pour se consacrer à la relecture de style et à la stratégie de promotion.
Je pense vraiment m’autoappliquer ce retour d’expérience pour les prochaines fois.
Je serais ravi que mon témoignage aide des personnes qui se lancent dans l’écriture. Encore une fois, il n’y a pas de recettes miracles ! Il faut que ça reste un plaisir ; y ajouter pas mal de volonté ; une pincée de second degré et beaucoup de patience. Les erreurs seront là. No drama. Elles permettent à tout le monde de progresser.
Les Fantaisies du Mal est sorti le 3 janvier 2022. Le livre est disponible en format papier sur Amazon (14,9 €). Je le fournis pour 1€ en format ePub ou PDF.